Jean-François

Il faisait froid, sec et lumineux, ce mercredi 25 novembre. Vraiment un temps pour aller marcher. Un temps qui aurait donc convenu à Jean-François. On célébrait ses funérailles pourtant… 

Plus On avance, plus on s’habitue à ne pas s’habituer à cela. 

Quand le cercueil parait, à l’église, on ne s’imagine pas que le corps d’une personne aimée soit enfermé dedans. On ne s’imagine pas… Mais le réel nous tombe dessus. Et où est donc le vrai, dans ce balancement d’imaginaire tronqué et de réalité trop crue ?

Je n’étais donc pas le seul à avoir les yeux mouillés, quand le cercueil de Jean-François est entré dans l’église Saint-Paul à Waterloo. Il était dix-heures trente. Le temps était radieux. Nous étions en tout petit nombre : quinze personnes, tout juste comptées selon les règles.

La cérémonie était sobre (forcément), brève (forcément), mais ce qui n’étais pas forcément assuré, au vu des circonstances, c’était que ce trop petit nombre de personnes représenterait une foule immense. Les paroissiens de Waterloo s’étaient donné le mot : ils resteraient chez eux, allumeraient une bougie, et se recueilleraient pendant les absoutes.

Quel beau symbole…

Jean-François Grégoire (1953-2020) a allumé sans le vouloir de très nombreuses bougies chez de très nombreuses personnes. Il ne vivait pas son sacerdoce dans les nuages. Les racines de son ciel puisaient le suc de sa prière dans la lecture, dans la marche, mais principalement peut-être dans l’amitié. Ses nombreuses affections ont d’ailleurs été évoquées pendant la célébration du 25 : des écrivains, des jeunes, des sportifs, des lecteurs, des paroissiens… des enseignants.

Attardons-nous sur ce dernier terme, puisque nous sommes enseignants.

L’attrait de Jean-François pour les profs remontait à sa plus haute enfance. Firmin, son papa, enseignait les mathématiques à Braine L’alleud. C’est par un professeur de ce collège, d’ailleurs, que Jean-François a commencé à nourrir sa vocation de prêtre. Il aurait bien aimé, lui aussi, être un abbé dans les écoles. Mais les autorités diocésaines ne souhaitaient plus investir dans l’enseignement. Jean-François s‘est retrouvé aux études (deux thèses, tout de même), et en paroisse, puis en prison, comme aumônier.

Je trace à trop grands traits ce parcours riche et sinueux. Mais je pense à ce témoignage de détenu, qu’on a pu aussi entendre à l’église, ce 25 novembre : « Il ne nous considérait pas comme des coupables, mais comme des amis. » Jean-François, qui aimait Brassens, aurait pu dire avec ce chanteur que « Les récompenses, comme  les punitions faisaient partie d’un  système de valeurs qu’il ne partageait pas ». Il aurait pu répéter, avec Simon Weil : « Le premier des principes pédagogiques, c’est que, pour élever quelqu’un, enfant ou adulte, il faut d’abord l’élever à ses propres yeux ».

Jean-François a animé de nombreuses retraites scolaires. Il a très peu enseigné dans le secondaire, mais abondamment ici et là : au séminaire, dans des sessions, dans des parcours théologiques… Puis, à l’invitation de Rosy Demaret, il est entré dans l’équipe de Pastorale scolaire, sous la responsabilité, ensuite, de Marc Bourgois. 

Au cours de nos réunions, il était vivant, attentif, jamais envahissant. Mais il nous invitait discrètement à lever les yeux, à perdre tout esprit de concurrence ou de conquête, à servir les écoles. Servir sans arrière-pensée, au nom de l’Évangile. Pas pour rallier à l’Évangile, mais pour permettre et favoriser la croissance de tous au nom de Jésus-Christ.

Jean-François nous a appris l’absolue gratuité du geste de croire. Dans le balancement entre l’imaginaire dépecé, qui nous dirait : Eh, ce n’est pas possible qu’il soit mort, et le réel brutal : il est bien là, entre ces quelques planches de bois, se lève le vrai. 

Le vrai ? C’est ce qui continue en nous, grâce à lui, avec nous, grâce à Dieu.

Lucien Noullez

Jean-François: 13 ans au service de la pastorale scolaire

Jean-François Grégoire au service de l’Animation Pastorale Scolaire Bruxelles Brabant Wallon : quelques repères …

Jean-François Grégoire, docteur en théologie, en philosophie et lettres et moraliste apparait dans la publication Cardan n°108 de juillet 2005, en un article de fond : « Devenir des spirituels ». Il devient à ce moment « accompagnateur théologique de l’équipe de Pastorale scolaire pour Bruxelles et le Brabant wallon », pour une durée finale de 13 ans. Il a été également durant de nombreuses années référent de qualité au sein de l’équipe d’animation spirituelle du Collège Notre-Dame de Basse-Wavre. Il avait par ailleurs intégré l’équipe enseignante du collège dans les années 90, comme professeur de français. 

Plaçant toujours l’Humain au centre, et concédant aux règles leur juste et raisonnable place, Jean-François a été prêtre en paroisse dans divers lieux, mais toujours au Brabant Wallon, qu’il aimait beaucoup. Il rassemblait des assemblées ferventes et ouvertes à l’avenir.

Jean-François Grégoire a rédigé deux thèses : une en théologie : « L’AMOUR ET LA HAINE DANS L’OEUVRE DE MICHEL DEL CASTILLO », une autre, en lettres sur LE SPIRITUEL DANS L’OEUVRE D’ANDRE DHÔTEL ». Auteur de livres et de nombreuses publications, il a au cours des années animé de nombreux groupes de lecture…

Jean-François a toujours été intéressé, passionné même parfois, par la vie des écoles

Jean-François aimait le sport et les sportifs, courir, marcher. 

Jean-François était aumônier de prison.

Il a aussi collaboré avec Entraide et Fraternité… 

On doit évidemment rappeler son soutien inconditionnel à l’équipe d’Animation Pastorale Scolaire Bruxelles Brabant wallon. 

Son apport a été considérable. L’accueil de l’équipe lors des rencontres au Vert, les eucharisties d’équipe à Saint-Paul (Waterloo), ouvertes aussi aux paroissiens : l’occasion de brefs partages entre les équipiers et ces quelques paroissiens, le plus souvent fidèles eux aussi. 

Evoquons à leur tour les interventions de Jean-François lors de journées des Relais, lors des journées de ressourcement puis de formation, lors des sessions Profs & Chrétiens : un récit banal, une reprise théologique et en un instant, l’anecdote prenait tout son sens, dans des directions et horizons insoupçonnés…

D’un point de vue rédactionnel, lisant Jean-François, chacun pouvait apprécier sa manière de jongler avec les idées tout autant qu’avec l’écrit et ses règles, ses mots, sa syntaxe, sa ponctuation.

Jean-François, dans les premières années, a assuré pratiquement tous les articles de fond du Cardan. Finalement, près de 35 articles de fond, sans compter des contextes de fiches bibliques, invitations à lire, divers apports encore, et depuis novembre 2013, sa relecture quelque peu décentrée et décentrante des mot-clés de l’enquête 2011-2012 du CodiEC, dont la compilation a fait par ailleurs l’objet d’une édition très réussie : « Des mots pour le dire », CoDiEC-Bruxelles, 2019.

Quelques titres d’articles ont fait date dans ma mémoire :

07/2005                      Devenir des spirituels

09/2005                      Pourquoi parler de sources et de re-sources ?

11/2005                      Prière

01/2006                      Exposé « Journée des Relais »

05/2006                      À la rencontre

11/2006                      Opérateurs de rencontre

09/2006                      Un malheur pour la rencontre : le préjugé

01/2007                      Le tiers sans lequel nulle rencontre n’est possible

05/2007                      Écologie, personne et communauté

07/2007                      À deux pas de chez soi

09/2007                      Le repas dans la Bible

01/2008                      Justesse et sobriété

03/2008                      Des animaux au paradis

05/2008                      Écoutez et vous vivrez

11/2008                      L’inouï

03/2009                      Écouter Dieu              

11/2009                      Responsabilité

11/2011                      Sept lois pour vivre ensemble

01/2012                      Huit voies vers la Joie parfaite

11/2012                      Choisir

11/203                        Mot-clé : « accueil »

05/2013                      Fidélité

11/2013                      Vivre le temps

03/2014                      Pâques : « Ne pas attendre de mourir pour ressusciter »

05/2014                      Aimer mon temps

07/2014                      Courage

09/2014                      Pourquoi Jésus-Christ ?

05/2015                      Les poches du Christ

09/2015                      L’école ensemble

01/2016                      Le Jubilé de la Miséricorde

05/2016                      Transitions

07/2016                      « Nous », ou comment vivre ensemble ?

09/2016                      Proposition de lecture de l’encyclique Laudato ‘si

01/2017                      Enthousiasme

03/2017                      Béatitudes

07/2017                      Vacances

11/2017                      Croire et (se) confier : quel rapport ?

03/2018                      Secret et confidence

03/2018                      Confiance en soi ; estime de soi

Gratitude à Jean-François …

Avec l’équipe, Marc Bourgois

Teach & Go 2020 : un moment d’encouragement et d’espérance !

Un cartable ainsi qu’un ordinateur portable au pied de l’autel… Voilà deux symboles admirablement bien choisis pour permettre à la soixantaine de personnes rassemblées d’entrer dans cette célébration « Teach & Go » 2020. Tous concernés par le monde de l’enseignement, ces professeurs, ces éducateurs, ces directeurs d’école et ces membres des équipes pastorales ont ainsi confié cette année scolaire qui commence au Seigneur. 

Aucun détail n’a été omis par l’équipe organisatrice : animation liturgique chantante, gestes de paix inspirants, écrans et sonorisation, liturgie pour les enfants, prière universelle adressée pour les dirigeants, pour les jeunes, pour les enseignants et pour tous ceux qui doivent travailler en équipe : ces différentes petites attentions réunies ont sublimé le charme de ce moment vécu dans la lumineuse collégiale nivelloise qui nous accueillait. 

Les lectures du jour étaient tout aussi tonifiantes. Elles nous invitaient à nous laisser rejoindre, comme saint Paul, par la force de l’Esprit pour proclamer l’Évangile : « Mon langage, ma proclamation de l’Évangile, n’avaient rien d’un langage de sagesse qui veut convaincre ; mais c’est l’Esprit et sa puissance qui se manifestaient, pour que votre foi repose, non pas sur la sagesse des hommes, mais sur la puissance de Dieu » (1 Co 2, 4-5). Dans son homélie, Claude Gillard est également revenu sur l’actualité sanitaire, sur le port du masque et nous a adressé, à tous, son message d’encouragement et d’espérance à la veille de la rentrée. 

D’autres moments forts sont aussi à épingler : notamment la prière à Marie et la bénédiction solennelle prononcée par Mgr Hudsyn, ainsi que la remise d’un flambeau à celui-ci de la part d’un jeune qui avait participé quelques jours plus tôt à la marche Jaï Jagat (mouvement pour la justice et la paix mondiale). Ce symbole de la lumière qui passe de l’un à l’autre se retrouvait aussi dans le souvenir de la célébration, un petit photophore accompagné de la parole « Servir par amour ». 

Ainsi, fortifiés par cette eucharistie et plus attentifs encore à la puissance de l’Esprit, les participants à cette célébration ont pu s’engager pleinement dans cette nouvelle année scolaire qui s’annonce pleine de défis !

Geoffrey Legrand

Quatre fondements pour l’enseignement catholique

Article pour Pastoralia n°5, septembre/octobre 2020, pp.18-19

On ignore parfois quand on entre dans l’enseignement catholique, qu’on pénètre en réalité dans une fondation qui repose sur 4 colonnes. Si l’une manque, c’est qu’on manque aussi d’un quart à sa mission… Or, si les « crises » comme celle que nous venons de traverser sont aussi des moments où l’on cible, on trie et passe au crible du sens ce qu’on faisait avant sans y penser [1] alors, la crise du coronavirus a été véritablement l’occasion de re-prioriser ces 4 fondements. Relecture à l’usage de ceux qui « rentrent ».  

Excellence

La première de ces 4 colonnes, c’est l’excellence. Toute fraîchement sortie de mes études, je n’avais qu’elle en tête quand j’ai commencé à enseigner. Cependant, l’excellence peut être dévastatrice si elle s’apparente à la sélection et à l’élite. Or, il s’agit bien d’excellence mais… au nom de l’Evangile ; d’un enseignement qui, comme le dit souvent Claude Gillard, ne soit pas seulement bon mais excellent ! A l’occasion de la crise, ce premier pilier aura été rudement mis à l’épreuve. Les professeurs ont-ils donné aux jeunes de la matière de qualité ? Ont-ils pu cibler l’essentiel et le meilleur de ce qui était à apprendre ? Certains élèves n’ont rien reçu du tout… D’autres ont eu en revanche, un véritable « enseignement à distance » improvisé mais non moins créatif et d’excellente qualité. Et à présent, alors que tout (ou presque) est à réinventer sur des sols mouvants de la rentrée – car rentrerons-nous normalement ? – les professeurs de l’enseignement catholique auront à garder au cœur cet aiguillon de l’excellence qui reste la raison d’être de l’école.  

Primat de la personne

Second pilier, le primat de la personne. Car nous n’avons pas à enseigner que des cerveaux ! Dans nos salles de classe, assises sur leurs bancs, il y a des personnes, des jeunes venus avec toute la teneur de leurs histoires, de leurs cultures propres. Or, pendant le confinement comme jamais, on a saisi l’importance et la primauté du présentiel, des live plutôt que des mails. Heureux les profs qui ont tenu compte des difficultés des uns, des facilités des autres, des familles de 5 enfants, du milieu social de leurs élèves etc. et qui ont pu avoir une attention pour chacun ! 

Ouverture à la diversité

La troisième colonne qui fonde cet édifice, c’est l’ouverture à la diversité. L’enseignement catholique, s’il veut rester fidèle à lui-même, se doit d’être ouvert à tous. C’est un pari et encore une fois : au nom de l’Evangile ! Or, la tentation, c’est justement l’entre soi. Comme il serait aisé en effet, d’organiser un enseignement catholique pour les seuls catholiques ! D’aucuns accusent souvent ces derniers de perdre leur âme à jouer la carte du pluralisme convictionnel et de la diversité. Mais la ligne de crête géniale à tracer dans ce domaine, c’est de réussir à proposer l’Evangile à tout le monde : au sens de vivre tellement la Bonne Nouvelle qu’il deviendra impossible, à notre seule manière de vivre et d’enseigner, de ne pas se dire que Dieu est bon, pour paraphraser G. Gilbert. 

Priorité au plus pauvre

Enfin, dernière priorité, assez liée à la précédente, c’est celle accordée au plus pauvre, au dernier. « Vous savez, me disait un directeur en m’engageant, donner à manger aux aigles est à la portée de n’importe quel professeur ; dans mon école, j’attends que vous puissiez également nourrir aussi les moineaux » Ce qui demande évidemment des trésors de pédagogie ! Or cette année, comme il y aura peu de places disponibles dans l’enseignement général (vu le petit nombre de redoublements et/ou de réorientations en juin) sur quel critère inscrirons-nous les jeunes qui viendront frapper aux portes des écoles ? Sur base de leurs résultats scolaires ? De leur ancrage socio-culturel ? Là encore, il nous faudra faire bouger les lignes. Prioriser. Faire des choix, privilégier les plus pauvres… toujours au nom de l’Evangile. 

Alors si finalement cette crise que nous avons traversée, ce désert brûlant, nous avait obligés à revoir nos fondamentaux et à repartir, comme Abraham, dérouté mais sûr d’une seule chose : qu’avec la foi comme héritage – même sans savoir où il irait, il ne se tromperait pas de chemin (Heb 11,8). Souhaitons longue vie à un tel enseignement catholique bâti sur le roc de ces 4 colonnes !      

Alexandra Boux


[1] Comme l’a rappelé récemment Myriam Gesché dans sa très belle lettre aux collaborateurs de l’enseignement.  

No exception – le slam d’Amina sur une musique de Lou B.

Voici un partage d’un de nos relais en pastorale scolaire:

Comme certains d’entre vous le savent, l’asbl « Les Passeurs » soutient les personnes porteuses d’un handicap dans la réalisation d’un projet, fruit d’un élan de vie.

C’est dans cet esprit que le clip d’Amina « No exception » a été réalisé.

L’état de crise engendré par la pandémie du coronavirus a notamment révélé la fragilité de notre système de soins de santé. 

L’éventualité de laisser « sur le carreau » certaines catégories de personnes, comme les personnes âgées ou porteuses d’un handicap, a été soulevée.

Amina a d’abord été sidérée et tétanisée par cette éventualité. 

Elle a ensuite choisi de diriger son énergie de colère et d’indignation dans un processus créateur en exprimant son point de vue. 

Lou B a composé une musique originale pour l’occasion. 

Sa réflexion nous concerne tous: Que choisissons-nous, la rentabilité ou la vie ?

Merci de visionner et de partager ce message de résilience avec le plus grand nombre si le coeur vous en dit 😉 https://youtu.be/gic1Vf8_JlI

Pour « Les Passeurs », Christian Brodkom

Opinion : Enseignement 2.0 ou l’école en temps de confinement

30 juin 2020 par Angélique Tasiaux.

Voici un bel article d’Alexandra pour Cathobel.

« Avant l’ère, c’est pas l’heure! Après l’air, c’est plus l’heur… »

Une bien curieuse orthographe pour parler de l’enseignement…  Et pourtant, si l’on en croit ce que l’on vient de vivre avec le confinement, une ère est belle et bien révolue dans cette « galaxie » qu’est l’école. Un air nouveau s’y est engagé – mais que présage-t-il de bon ou de mal-heur? Vous en jugerez vous-mêmes à travers ce qui suit…

Au début du confinement, une école fondamentale s’est organisée pour ouvrir ses locaux à des profs qui emballent – en toute discrétion et distanciation – des colis alimentaires à destination des familles de leurs élèves. Un autre établissement reçoit dix ordinateurs pour les jeunes qui n’en n’ont pas et resteront ainsi en lien numérique avec leurs enseignants. En tout, 160 ordinateurs ont été donnés. Evidemment, pour 165.000 élèves, c’est peu, mais c’est déjà cela. Dans une autre école encore, les profs s’organisent pour porter leurs photocopies aux domiciles mêmes de leurs jeunes… Bref, à situation inédite, mesures créatives. Et généreuses. Ce n’est pas sans rappeler l’ADN d’institutions scolaires qui se sont édifiées sur cette fracture sociale, quand les ordres enseignants fondaient leurs toutes premières écoles dans les granges des villages ou des salles paroissiales.

Au-delà de ces gestes de premiers secours, que s’est-il passé du côté de l’enseignement pendant ces trois mois extra (et paradoxalement intra) muros?

Maintenir le lien

D’abord, une immense diversité. Car chaque école, chaque direction, presque chaque professeur a dû créer, inventer, se débrouiller tant bien que mal avec les moyens du bord. Trouver la bonne manière de contacter les collègues, mais surtout les élèves. Par les mails, le téléphone, les visioconférences ou, pour les plus chanceux, grâce aux plateformes déjà existantes. Et là, surprise. Ce sont parfois les jeunes les plus difficiles en classe qui se sont montré les plus assidus aux directs. Quant au travail à envoyer, second casse-tête: au début, il a fallu donner « du travail qui ne soit pas de la nouvelle matière ». Puis le confinement se prolongeant, « de la matière nouvelle mais qu’on ne certifie pas pour de vrai ». Puis, « du travail pour rattraper le trimestre perdu » pour finir par: « de quoi préparer l’année suivante ». Tout cela, bien sûr, en motivant des jeunes qui avaient rapidement compris que leur année était de toute façon réussie. Ce qui ne fut pas sans soulever LA question de fond: un jeune travaille-t-il pour lui-même, pour le prof… ou seulement sous la férule des points?

Des initiatives variées

Au cœur de cette diversité, des choix sont apparus: ainsi, certaines écoles secondaires ont-elles préféré ne faire rentrer que les jeunes en difficulté. Ou ne privilégier que les cours à options. Ou encore, cette intuition géniale, pour les rhétos, de proposer une « reprise par projets »: plusieurs professeurs se regroupant pour proposer des modules de formation, selon le choix d’études futures de l’élève. Dans une école fondamentale d’enseignement spécialisé, l’équipe enseignante s’est organisée pour rouvrir au plus tôt ses portes à ses jeunes élèves porteurs de handicaps parfois lourds, afin que les parents soufflent… Ainsi, certains ont privilégié l’humain, le présentiel ou les « derniers »; d’autres l’excellence, d’autres enfin pas grand-chose! Bref, partout, on a été bousculé. On a dû réfléchir, oser, être soi. Un peu comme le souhaitait, en fait, le Pacte d’Excellence. Car le scan (plan de pilotage) qui devait montrer ce que chaque école privilégie – ses objectifs généraux – s’est comme fait de lui-même. Et à nouveau, là où des milliers d’heures avaient à grand peine suffi à faire bouger de quelques centimètres l’immense paquebot scolaire, un minuscule virus l’a fait. Mais ça, c’est une autre histoire.

Enfin, il y a eu le bond numérique. Dont chacun a pu sentir tant la pertinence que les limites. La presse s’est fait largement l’écho des ratés de certains examens par le numérique. Il y a aussi eu l’exclusion générée par le matériel. On a perdu les traces de 20% de jeunes pendant le confinement, ces jeunes qui n’ont plus écrit, lu, compté et, pour certains, parlé le français pendant près de six mois et rentreront en septembre retardés d’autant. Et pourtant… quels liens créés par les contacts visuels, par les courriels individualisés, par zoom, meet, jitsi ou teams et tant de plateformes fédératrices ! Sans compter le temps et la pollution épargnée – le monde de l’enseignement a vraiment fait un bond en avant dans l’utilisation de ce 7e continent, virtuel. Au secondaire comme au fondamental! Une collègue a ainsi pu réunir par zoom toute sa classe de 3e maternelle. « C’était très vivant et super joyeux. Les enfants en avaient vraiment besoin… » 

Bref… s’il est encore un peu tôt pour relire tout ce que cette épreuve du Covid-19 nous aura causé comme pertes mais aussi apporté en gains, il n’est pas interdit de rêver. Et si cet énorme navire de l’enseignement était convoqué à une certaine forme de souplesse? A changer son rapport au temps? A revoir ses fondamentaux?

Au fond, tout cela n’est pas sans rappeler un texte très ancien, celui-là même que nous avons lu au moment du retour aux eucharisties en présentiel: « Souviens-toi de la longue marche que tu as faite dans le désert… Si le Seigneur ton Dieu te l’a imposée pour te faire passer par la pauvreté, c’est qu’il voulait t’éprouver et savoir ce que tu as dans le cœur » (Dt 8,2). Et le texte de poursuivre: « Il t’a fait sentir la faim, t’a donné à manger la manne, cette nourriture que ni toi ni tes pères n’aviez connue… » Ne tenons-nous pas là LA question-clef à nous poser: qu’est-ce qui a été du côté de la vie, qu’est-ce qui nous a rendu plus vivants pendant ce confinement? Quelle aura été notre nouvelle nourriture, que garderons-nous de cette « manne »?

Puisse l’enseignement proclamer lui aussi son année Laudato Si post-confinementielle! Sorte de Jubilé pour une rentrée – ou peut-être ère nouvelle…?!

Alexandra BOUX

Ce n’est qu’un au revoir :

Chers collègues et amis,

Le temps de confinement m’a rappelé qu’il est bon de s’arrêter, de se poser de temps à autres.. Après 12 ans de service à la pastorale scolaire, je reprends mon bâton de pèlerine pour un autre chemin.  Ce sera toujours celui de l’école, à 4/5, pour me laisser le temps de mettre mes pas dans ceux des mes frères croyants d’il y a 3000 ans via une formation biblique (Mess’Aje). Petit pincement au cœur de quitter une super équipe et une fonction que j’affectionne particulièrement… Mais je suis heureuse qu’une Marie laisse la place à une autre Marie ! Que demander de mieux? Bienvenue à toi, Marie! Puisses-tu trouver autant de joie que moi et encore plus (mais est-ce possible?) à travailler à cette belle mission de pastorale en écoles!  

Du fond du cœur, un immense MERCI à chacun et chacune pour votre accueil, votre bienveillance, votre enthousiasme, votre confiance, votre foi. Chaque rencontre était cadeau. Merci à l’équipe actuelle, la précédente, les collègues de la maison diocésaine pour le magnifique chemin parcouru ensemble. Et enfin merci aussi à Celui qui est source de Vie et qui marche à nos côtés dans toutes nos péripéties humaines, des plus sages aux plus folles. Gratitude! Ce n’est qu’un au revoir… car mon engagement pastoral au sein de mon école nous permettra probablement, je l’espère, de nous retrouver ! A très bientôt avec joie ! Que son Souffle continue à nous accompagner et à nous inspirer dans le quotidien de nos vies 😉
Marie-Cécile